 | La route vue par Théodore Monod | Le dernier naturaliste explorateur définissait le désert comme "un endroit sacré, beau, propre où il n?y a pas absence de vie, mais adaptation exceptionnelle des êtres vivants qui l?habitent".
| Quelles qualités faut-il posséder pour se déplacer dans le désert ?
Les grandes caravanes suivent des chemins traditionnels, d?un point d?eau à un autre. Les itinéraires n?ont guère changé au fil des ans, traçant parfois, à force du piétinement des hommes et des chameaux, de véritables sentiers. Les Bédouins sont capables de mémoriser un itinéraire et de le dérouler mentalement au fur et à mesure de leur avancée ; ils marcheront, par exemple, quatre heures sur un sol de silex blanc, verront une dune avec quelques broussailles à l?ouest, continueront deux heures sur un sol de silex noir?
| La route vue par François Dagognet | | Depuis quelques années, François Dagognet, docteur ès lettres, agrégé de philosophie et psychiatre, se penche sur la problématique technique et matérielle des transports. | La grande question aujourd?hui est de savoir si l?autoroute est encore une route ? En effet, d?une part, il n?est pas vraiment possible de s?y arrêter ; d?autre part, il y a le péage ; enfin, l?aller et le retour sont dissociés, contrairement à la route. Je considère néanmoins que l?autoroute reste encore une route, parce qu?elle constitue un vrai voyage : neutralité et vitesse ont été corrigées par l?apport d?informations et d?animations culturelles ; l?autoroute n?est donc pas qu?un long ruban pour aller d?un point à un autre. Enfin, par exemple, certains ouvrages d?art sont peints en rouge, permettant le réveil et la curiosité des automobilistes. On a donc trouvé les moyens de corriger les aspects négatifs de l?autoroute, qui devient la route par excellence. | La route vue par André Daguin | | Petit-fils et fils de restaurateur, André Daguin est le célèbre chef de l’Hôtel de France**** à Auch. | En parcourant les routes, le voyageur itinérant va à la découverte de la gastronomie locale. Des infrastructures régionales supplémentaires vous amèneraient-elles une nouvelle clientèle ?
Il est sûr que, chaque fois que l’on fait une route ailleurs, celle-ci nous prend des clients. Les routes, c’est comme la publicité ; on ne sait pas bien si elles servent, mais il est sûr que, lorsque l’on n’en construit pas de nouvelles, on perd du chiffre d’affaires. En deux mots, les routes sont déterminantes dans le développement de notre région. | La route vue par Jean-Antoine Winghart | | Passionné par toutes les formes de la géographie et des réseaux, Jean-Antoine Winghart a dirigé l?Institut Géographique National. | Pensez-vous qu?il soit possible d?aller à l?encontre de la logique économique naturelle plébiscitant la route ?
Non, bien sûr. Construire un nouveau réseau global de transport ferroviaire dédié au transport combiné à l?échelle de l?Europe semble inconcevable, en raison de son caractère onéreux et d?une efficacité qui peut être mise en doute. Seule la Suisse tente aujourd?hui de mettre en place une politique systématique de transit des poids lourds sur des plates-formes ferroviaires. Ce projet coûteux et ambitieux, nécessitant le creusement de plusieurs tunnels, sera soumis au vote de la population helvétique à la fin de l?année. Dans le cas d?un accord, la Suisse ferait alors figure d?exception en Europe. Mais l?extension de cette politique au reste du Vieux Continent semble difficilement concevable.
| La route vue par Jean-Michel Wilmotte | | L’architecte Jean-Michel Wilmotte a débuté sa carrière en créant des meubles ; puis il s’est intéressé à l’architecture d’intérieur et, depuis 1993, participe à des chantiers d’aménagement urbain, en France et à l’étranger. | De façon générale, les infrastructures routières occupent une place trop importante dans les villes. Cela ne veut pas dire qu’elles n’y ont pas leur place, mais celle-ci est à repenser. Les villes sont confrontées au grave problème du bruit. Bien sûr, le bruit est généré par beaucoup d’éléments ; la ville en a toujours produit, mais la voiture en produit davantage avec le frottement des roues sur la voie. Je sais que vous travaillez sur ces problèmes, certains revêtements absorbant le bruit commencent à être utilisés. Ces produits que vous fabriquez jouent un rôle essentiel pour le bien-être des habitants, et les recherches dans ce domaine doivent être poursuivies. | La route vue par Peter R. Bond | | Né en Australie, le peintre Peter R.Bond travaille à Paris et a exposé dans de nombreuses galeries. | La Fondation Colas vous a sélectionné pour réaliser un tableau sur le thème de la route. Que vous inspire ce thème ?
La route nous transporte d?un point à un autre, comme une impulsion dans le paysage. Elle est seulement insinuée dans ma peinture. Je travaille avec ce que l?homme a ajouté au paysage : une route est la participation de l?homme à la construction du paysage, par conséquent à la nature, avec des éléments et matériaux qui, au départ, sont naturels (la pierre, le bitume?).
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