e Monde a posé trois questions à quatre des six journalistes qui ont mené ces débats : Quelle impression majeure tirent-ils du ou des débats qu'ils ont dirigés ? Quelle importance leur accordent-ils dans le résultat du scrutin ? Cette fois, quels conseils donneraient-ils aux deux candidats avant leur joute ?
Michèle Cotta (1981 et 1988)
"Pas une seconde ne penser à autre chose" Le débat de 1981 était passionnant. Celui de 1988 aussi, mais beaucoup plus violent. Avant les débats, je n'ai eu aucun contact avec les partis des candidats. Nous étions très libres. Le débat de 1981 a plus pesé sur le résultat que celui de 1974, parce que Mitterrand maîtrisait mieux la télévision. Mais aucun des débats auxquels j'ai participé n'a renversé le cours des sondages. Pourtant, ce moment important d'une campagne constitue la seule occasion de juger les comportements humains et politiques des candidats, de mesurer leur énergie et d'assister à un affrontement sur le fond. Mon conseil à Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal : rester eux-mêmes ? et très concentrés. Il ne faut pas qu'ils pensent à autre chose, ne serait-ce qu'une seconde.
Alain Duhamel (1974 et 1995)
"Royal devra être plus directe, Sarkozy ne pas jouer les dompteurs"
Rituel démocratique très important, ce débat permet d'apprécier la valeur des personnalités, mais plus sur leur comportement que sur leurs idées.Le duel pèse pour moins de 1% dans le résultat du scrutin. Mais, en terme d'image, il peut beaucoup jouer. Il laisse une trace plus durable que n'importe quelle autre émission, surtout quand on y participe pour la première fois. Il peut aussi faciliter ou compliquer les choses pour l'avenir; et conditionner, pour l'élu, un état de grâce plus ou moins long. La façon dont M. Sarkozy saura s'adresser à une femme sera déterminante. Je conseillerai à Mme Royal de répondre plus directement aux questions et d'être moins longue. A M.Sarkozy de ne pas se montrer trop volubile; et surtout de ne pas jouer les dompteurs.
Guillaume Durand (1995)
"Les deux devront gérer des arrière-pensées extrêmement violentes"
Le débat de 1995 a été fondamentalement différent des précédents, car Lionel Jospin ne s'est pas comporté comme un homme désireux de conquérir le pouvoir. Il y avait une sorte de "non-tension", très loin de ce qu'on devrait connaître ce 2 mai. Il n'y a pas eu de débat de ce type depuis douze ans. Le problème est que ce genre d'émission appartient plus au Conseil supérieur de l'audiovisuel et aux candidats qu'aux journalistes. Dans l'histoire des débats, seul Jean Boissonnat a osé une réflexion "incorrecte" : il avait corrigé Giscard sur la question du chômage.Le plus compliqué, pour les deux candidats, sera de gérer leurs arrière- pensées, qui sont extrêmement violentes. Il faudra qu'ils les affirment tout en restant dans un registre non agressif.
Elie Vannier (1988)
"Comme au tennis, le plus détendu pour lâcher ses coups l'emporte"
J'ai été frappé par l'hostilité profonde entre M. Mitterrand et M.Chirac. Elle était physiquement palpable. C'est la seule fois de ma vie où j'ai ressenti un tel mur d'hostilité. Quand, après l'émission, je suis allé les voir, ils se sont ébroués comme s'ils sortaient d'un rêve. Les partisans des deux candidats sont toujours renforcés dans leurs convictions par ces face-à-face. Seuls 1 % à 3 % d'hésitants peuvent en être influencés. Comme dans un match de tennis, la sérénité est déterminante. Le plus concentré et le plus détendu pour "lâcher" ses coups l'emporte. Là, Ségolène Royal doit démontrer qu'elle est compétente et Nicolas Sarkozy sympathique. Les deux doivent afficher de la considération l'un pour l'autre.