
ace à face et les yeux dans les yeux. Ce soir à 21 heures, sur TF1 et France 2, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy s'affronteront pendant deux heures lors du traditionnel débat télévisé de l'entre-deux-tours, qui pourrait réunir jusqu'à 20 millions de téléspectateurs. En 2002, Jacques Chirac ayant refusé de rencontrer Jean-Marie Le Pen, les électeurs avaient été privés de ce rituel instauré en 1974.
Joute oratoire parfois tendue, confrontation d'idées et de programmes, le débat est aussi une affaire d'image très importante. D'autant que, à quatre jours du second tour, les électeurs indécis demeurent nombreux. La date du 2 mai à d'ailleurs été choisie pour laisser aux candidats le temps de se retourner en cas de mauvaise prestation ce soir. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy seront ainsi présents tour à tour sur le plateau du "19/20", sur France 3, les 3 et 4 mai.
Jacques Séguéla a beau affirmer que "le temps où les débats faisaient l'élection est derrière nous", l'organisation de la confrontation a fait l'objet de tractations serrées entre les équipes de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy. Plusieurs réunions préparatoires ont été organisées en présence de responsables des deux chaînes, de membres du Conseil supérieur de l'audiovisuel ? chargé de veiller à l'égalité du temps de parole entre les deux candidats ?, et des mandataires des deux parties : Jack Lang, porte-parole de la candidate socialiste, et Claude Guéant, directeur de campagne du candidat de l'UMP, épaulé par son chargé de communication Franck Louvrier et le publicitaire Jean-Michel Goudard.
Le réalisateur Jérôme Revon, 44 ans, a été choisi d'un commun accord pour orchestrer ce grand rendez-vous politique. Passé par le sport, la variété et le divertissement ("Star Academy" notamment), il n'aura pas les coudées aussi franches qu'il aurait pu le souhaiter. Dans la régie du studio de la SFP de Boulogne-Billancourt spécialement loué par les deux chaînes, le réalisateur sera sous la surveillance de deux "réalisateurs-conseils" nommés par chacun des camps pour superviser le déroulement de l'émission.
Jérôme Revon devra en outre se plier à une somme de contraintes, apparues lors du débat entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, en 1981, et pérennisées depuis. A l'époque, le candidat socialiste avait retenu les leçons de sa mauvaise prestation télévisée de 1974, lors de laquelle VGE lui avait asséné la phrase cinglante "Vous n'avez pas le monopole du c?ur", dont on dit qu'elle fit basculer l'élection. En 1981, François Mitterrand avait donc chargé l'avocat Robert Badinter (son futur ministre de la justice) et le réalisateur-ami Serge Moati d'édicter une vingtaine de "règles de bonne conduite" : pas de plan de coupe sur le visage d'un candidat pendant que son rival prend la parole, possibilité de récuser les journalistes choisis pour animer le débat, distance sur le plateau entre les candidats, etc. Lors du face-à-face de 1981, Serge Moati, présent dans la cabine de réalisation, n'avait cependant pas hésité à demander des gros plans sur Mitterrand pour coller à l'image de sa campagne fondée sur "la force tranquille"...
"Au fond, ce sont les usages élaborés avec François Mitterrand qui perdurent", confirme Jack Lang, qui a exigé cette année qu'il n'y ait pas de plans de coupe. "Pour ma part, je le regrette, confiait Jérôme Revon sur la chaîne Public Sénat hier soir. Ce n'est pas moderne. Les spectateurs sont habitués aujourd'hui aux plans de coupe dans les émissions politiques. Et les politiques sont également habitués à cet exercice, ils sont nés avec la télévision. Ce sont de vrais cabots, ils savent jouer, ils savent lorsqu'ils sont hors champ et quand ils sont dans le champ..."
En guise de modernité, le débat 2007 aura lieu dans un décor design et un dispositif digne d'une grande émission de direct. Une douzaine de caméras seront en place pour alterner plans larges et plans serrés, de face et de profil. Sur une estrade ronde, les deux candidats se feront face à faible distance (2 mètres). Un grand écran circulaire, intégré dans la table du débat, indiquera aux téléspectateurs le temps de parole de chacun. Après tirage au sort, Ségolène Royal sera placée à gauche de l'image tandis que Nicolas Sarkozy lui fera face, à droite. Seuls les cameramen et les deux journalistes chargés d'animer le débat ? Arlette Chabot pour France 2, Patrick Poivre d'Arvor pour TF1 ? seront admis sur le plateau. Face à face, les yeux dans les yeux... avec la France pour témoin.