
es délégués du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) sont réunis du lundi 30 avril au vendredi 4 mai à Bangkok pour déterminer les actions à mener afin de juguler le changement climatique. Scientifiques et représentants de gouvernements doivent se mettre d'accord sur les termes d'un résumé à l'attention des décideurs politiques.
Cette réunion est la troisième à se tenir cette année après celle de Paris, en février, où le point à été fait sur les recherches scientifiques, et celle de Bruxelles, au début du mois d'avril, où les experts s'étaient interrogés sur les conséquences du réchauffement climatique. De ces deux précédentes réunions, il était ressorti, d'une part, qu'il était quasiment certain que l'être humain était à l'origine directe de ce changement climatique et, d'autre part, que ces évolutions pourraient engendrer famine, sécheresse, canicule et montée du niveau de la mer.
"Ces deux premiers rapports étaient inquiétants, désormais il est temps de s'intéresser à ce que l'on peut faire pour empêcher le changement climatique. C'est possible", assure Achim Steiner, directeur du Programme des Nations unies pour l'environnement.
Le rapport qui sera rendu public vendredi montre que la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre coûterait en 2030 entre 0,2 % et 3 % du PIB mondial. Mais, selon certains scénarios, la croissance du PIB mondial pourrait profiter de la maîtrise de l'émission des gaz à effet de serre. "La maîtrise des émissions de gaz à effet de serre est une activité qui pourrait avoir un fort potentiel économique dans les décennies à venir", estime Achim Steiner. Nicholas Stern, l'ancien président de la Banque mondiale, affirmait, l'an dernier, qu'agir dès à présent coûterait 1 % du PIB mondial, alors qu'il en coûterait 5 % à 20 % si l'on reportait toute prise de décision.
Le rapport propose plusieurs pistes pour juguler l'émission de gaz à effet de serre. Une des solutions préconisées consiste à confiner et brûler les émissions produites par les centrales électriques thermiques. Le rapport suggère également de se tourner davantage vers les énergies renouvelables et d'accroître le recours à l'énergie nucléaire.
"MANQUE DE COURAGE DE LA PART DES DÉCISIONNAIRES POLITIQUES"
En revanche, toutes les projections montrent que, quelle que soit la méthode choisie par les gouvernements mondiaux, même la plus rigoureuse, les températures augmenteront de 2 à 2,4 °C au-delà des températures moyennes observées avant l'avènement de l'ère industrielle.
Toute la question réside dans ce que feront les gouvernements. "Je suis optimiste, mais je ne pense pas qu'ils prendront de décision claire et nette", regrette Achim Steiner. "Ils sont encore nombreux à ne pas saisir l'importance de la question, espérant que tous ces problèmes disparaîtront d'eux-mêmes." "Les moyens et les mesures à prendre pour lutter contre le changement climatique sont connus, tout ce qu'il manque, c'est du courage de la part des décisionnaires politiques", considère Stephan Singer, membre du WWF (Fonds mondial pour la nature).
La semaine dernière, Mohan Munasinghe, le vice-président du GIEC, estimait qu'il faudrait encore d'autres catastrophes de l'ampleur de celle du cyclone Katrina qui a dévasté La Nouvelle-Orléans en 2005 pour inciter les responsables politiques à faire davantage. "La maîtrise des émissions de gaz à effet de serre ne deviendra un sujet majeur que si d'autres catastrophes surviennent", a-t-il déclaré à Colombo.
Un autre représentant du GIEC, qui préfère rester anonyme, prévoit, quant à lui, des discussions interminables entre Etats. "Le GIEC ne peut prescrire aucune obligation envers les Etats. Les représentants des gouvernements vont tout faire pour s'assurer qu'il n'y en ait aucune." L'approbation d'une mouture finale du texte s'annonce donc ardue.